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L’approche évaluative selon les trois dimensions du développement durable

Une approche structurée en trois dimensions et treize composantes associées

La lecture par les 3 dimensions du développement durable est l'approche historique de la méthode IDEA. Elle mobilise 53 indicateurs organisés en 13 composantes constituants les 3 dimensions : Agroécologique, Socio-territoriale, Economiques. Cette approche rend compte de la durabilité d’une exploitation agricole selon sa capacité à satisfaire les douze objectifs associés à une agriculture durable (voir ci-dessous).

 

Une approche basée sur les objectifs du développement durable

Cette approche historique de IDEA, s'inscrit dans une vision normative de la durabilité qui repose sur des objectifs à atteindres. Ce type d'approche correspond à une représentation de l’agriculture durable à partir des objectifs que celle-ci cherche à atteindre (Kates et al., 2005) et indique la direction à suivre pour aller vers une agriculture durable en fonction de la vision et des objectifs retenus par la société (Sala et al., 2015). L'approche par les dimensions de la durabilité mobilisée dans IDEA4 repose sur 12 objectifs sélectionnés par le comité scientifique. Ils renvoient à deux niveaux de durabilité : la durabilité restreinte pour les objectifs propres à l’agriculteur et la durabilité étendue pour les objectifs sociétaux plus englobants relatifs à la contribution de l’exploitation agricole à la durabilité d’échelles et/ou de niveaux organisations supérieurs (territoire, filière, pays, reste du monde).

En savoir plus sur les objectifs de l'agriculture durable et leur prise en compte dans IDEA4

L'approche selon les 3 dimensions de la durabilité

L'agriculture durable

"Une agriculture durable est une agriculture écologiquement saine,économiquement viable, socialement juste et humaine. Elle contribue d’une part à la durabilité du territoire dans laquelle elle s’ancre par la multifonctionnalité de ses activités et d’autre part à la fourniture de services environnementaux globaux qui répondent aux enjeux non territorialisables du développement durable." Zahm et al., 2015. Innovations Agronomiques 46 (2015), 105-125

Vue d'ensemble des 3 dimensions de la durabilité

La dimension agroécologique

agrège 19 indicateurs au sein de cinq composantes. Cette structuration est organisée selon un ensemble de principes et de visées issus du courant de l’agroécologie porté par Altieri (1987, 1995). Elle donne à voir une vision globale de l’agroécologie qui dépasse le respect d’un catalogue de pratiques agricoles vertueuses Les trois premières composantes (« Diversité fonctionnelle », « Bouclage des flux de matière et d’énergie par une recherche d’autonomie » et « Sobriété dans l’utilisation des ressources ») renseignent sur les principes de l’agroécologie en répondant à la question : comment agir pour produire de manière agroécologique ? Les deux dernières composantes (« Assurer les conditions favorables à la production sur le moyen et le long terme » et « Réduire les impacts sur la santé humaine et les écosystèmes ») se structurent autour des visées ou finalités de l’agroécologie en réponse à la question : pourquoi produire de manière agroécologique ?


La dimension socio-territoriale

agrège 23 indicateurs au sein de quatre composantes. Cette structuration est construite selon un ensemble de  thématiques (composantes) qui questionnent à la fois la durabilité autocentrée mais aussi la durabilité étendue de l’exploitation agricole. Elle est marquée par deux spécificités :
– sa contingence aux enjeux territoriaux et objectifs sociétaux ;
– l’importance donnée à l’évaluation à dires d’acteurs.
Ses deux premières composantes (« Alimentation » et « Développement local et économie circulaire ») renvoient aux objectifs socio-territoriaux que la société assigne à l’agriculture durable. Les deux autres composantes (« Emploi et qualité au travail » et « Éthique et développement humain ») renvoient à la dimension sociale de l’agriculture et se structurent autour des principes d’éthique et de responsabilité.


La dimension économique

agrège 11 indicateurs au sein de quatre composantes. Cette structuration est organisée pour rendre compte d’une analyse multidimensionnelle de la durabilité économique qui dépasse la vision classique ou traditionnelle de la performance économique centrée sur la rentabilité économique, l’analyse financière et la solvabilité de l’exploitation agricole. Cette dimension prend en compte, en premier lieu, la « viabilité économique et financière » d’une exploitation agricole relative à l’activité annuelle. Pour autant, elle amène également à considérer les conditions économiques et l’environnement dans lesquelles l’exploitation agricole exerce son activité (composantes « Indépendance » et « Efficience globale ») et la projection de l’entreprise dans le temps long (composante « Transmissibilité »).

Les 13 composantes de la méthode IDEA4 - en détails

  • Les 5 composantes de la dimension Agroécologique

    Les trois premières composantes renvoient à trois principes répondant à la question « comment agir pour produire de manière agroécologique ? »

    La composante Diversité fonctionnelle évoque le principe de diversification génétique et spécifique de l’agroécosystème dans l’espace et dans le temps, qui contribue à la robustesse de l’exploitation agricole vis-à-vis des aléas et favorise les régulations biologiques ;

    La composante Bouclage des flux de matières et d’énergie par une recherche d’autonomie renvoie aux principes de recyclage de la biomasse et d’équilibre des flux de nutriments. Le principe de bouclage des flux est ici également étendu à d’autres ressources physiques (matériels, semences et plants) ainsi qu’à l’énergie ;

    La composante Sobriété dans l’utilisation des ressources aborde le principe de la réduction des consommations en énergie et en ressources naturelles (eau, et phosphore) ou manufacturées (engrais minéraux, aliments concentrés, etc.), qui s’impose du fait de leur rareté et de l’impact environnemental de leur production.


    Les deux dernières composantes se structurent autour des visées de l’agroécologie en réponse à la question : «pourquoi produire de manière agroécologique ? » :

    La composante Assurer les conditions favorables à la production sur le moyen et le long terme met l’accent sur l’entretien des capacités de production dans le temps. Continuer à produire demain impose d’utiliser, aujourd’hui, l’ensemble des ressources à disposition sans les dégrader ;

    La composante Réduire les impacts sur la santé humaine et les écosystèmes pointe le fait qu’un système de production agroécologique limite au maximum l’usage de produits dangereux pour l’homme et les écosystèmes (produits phytosanitaires, produits vétérinaires), et cherche à réduire l’impact de ses pratiques sur l’environnement (qualité de l’eau, qualité de l’air, changement climatique).

  • Les 4 composantes de la dimension Socio-territoriale

    Les deux premières composantes renvoient aux objectifs socio-territoriaux que la société assigne à l’agriculture durable :

    La composante Alimentation repose sur la nécessité de (re)créer et d’entretenir le lien entre les systèmes de production agricole et les systèmes alimentaires. Elle aborde les relations entre l’exploitation agricole et les consommateurs, tout comme les conséquences des choix de production sur le reste du monde.

    La composante Développement local et économie circulaire aborde l’impact des activités de l’exploitation agricole sur son territoire. L’analyse dépasse les frontières de l’exploitation agricole car elle évalue comment l’agriculteur développe des démarches de synergies territoriales par des collaborations, des mises en réseaux entre agriculteurs mais aussi avec d’autres acteurs économiques. Elle aborde la capacité de l’exploitation agricole à s’inscrire dans une démarche d’économie circulaire, notamment en valorisant les ressources locales.

    Cette dimension se structure aussi autour de principes éthiques et de responsabilité qui sont abordés dans deux composantes :

    La composante Emploi et qualité au travail évalue la capacité de l’exploitation agricole à créer sur le territoire des emplois de qualité, qui assurent de bonnes conditions de travail aux travailleurs. À ce titre, la composante questionne la quantité de travail, l’organisation de l’exploitation agricole (notamment le recours à la mutualisation), l’accueil et la formation des travailleurs et des apprenants.

    La composante Éthique et développement humain questionne les choix de l’agriculteur quant à l’impact de ses pratiques sur la société et les milieux naturels. Cette composante aborde les engagements pris par l’agriculteur vis-à-vis des consommateurs, des habitants du territoire et des animaux, mais également vis-à-vis de lui-même et de sa famille.

  • Les 4 composantes de la dimension économique

    La composante Viabilité économique et financière évalue la richesse créée par l’activité annuelle et les caractéristiques économiques et financières dans lesquelles l’exploitation agricole exerce son activité ;

    La composante Indépendance renvoie à la situation de l’exploitation agricole face aux différents risques (marché, relations commerciales, aléas climatiques, baisse des aides publiques) et l’existence de revenus extérieurs à l’activité agricole ;

    La composante Transmissibilité interroge la projection de l’entreprise dans le temps long et la trajectoire de l’agriculteur (installation, développement, transmission) ;

    La composante Efficience globale met l’accent sur la nécessité d’optimiser et de réduire la consommation en intrants.

L'approche évaluative

Règles d'agrégation et exemple de calcul du score final de durabilité d'une exploitation agricole dans l'approche par les 3 dimensions de la durabilité

Cette approche agrège les 53 indicateurs selon un processus ascendant additif et plafonné des notes des 53 indcateurs. Cette aggrégation repose sur les règles suivantes :

Au niveau des indicateurs :

  • La construction de la note des indicateurs s'appuie sur un système d'unité de durabilité, selon un barème adapté à chaque indicateur;
  • Chaque indicateur est structuré en un ou plusieurs item, correspondant à une qestion spécifique en lien avec le sujet de l'indicateur;
  • La note de chaque indicateur s'obtient en réalisant la somme plafonnée des items qui le composent;
  • La somme des notes des items au sein d'un indicateur est toujours supérieur ou égale à la note plafonnée de l'indicateur : principe de plafonnement.

Au niveau des composantes :

  • La note de chaque composante est calculée en réalisant la somme plafonnée des notes de tous les indicateurs qui la constituent;
  • La somme des notes des indicateurs d'une même composante est toujours supérieur ou égale à la note plafonnée de la composante : principe de plafonnement. Une compensation est donc possible entre les indicateurs d'une même composante.

Ce système de double plafonnement (au niveau des indicateurs et des composantes) rend possible d'obtenir les notes maximales des indicateurs ou des composantes avec la mise en oeuvre de différentes pratiques ou activités et permet de prendre en compte une diversité de systèmes de production ou contextes (milieux humains et naturels). Ce système permet de souligner le principe essentiel qu'il n'y a pas un modèle unique de durabilité applicable à toutes les exploitations agricoles et que de nombreuses voies sont possibles pour atteindre un même niveau de durabilité.

Au niveau des dimensions :

  • Chaque dimension a une note maximale de 100 unités de durabilité, correspondant au niveau le plus élevé de durabilité.
  • La note de chaque dimension est la somme des notes de ses composantes. Plus la note est élevée, plus l’exploitation agricole est considérée comme durable pour la dimension considérée ;
  • Il n’y a pas de compensation entre composantes au sein d’une même dimension : c'est un signal fort d'exigence vis-à-vis d'une durabilité qui couvre bien l'ensemble des thématiques des composantes d'une même dimension.
  • La note finale d’une exploitation agricole correspond à la note la plus faible de ses trois dimensions (cadre théorique de la durabilité forte).
La bergerie nationale
Centre d'Ecodéveloppement